12.04.2012
ISSANKA la gauloise ? Ou l’occitane !?..
Il est des noms de lieu qui sont à rechercher dans la profondeur de leur histoire. C’est le cas d’Issanka, ce magnifique petit parc d’ombre et de fraicheur, entre Balaruc et Gigean, dont le nom intrigue de nombreuses personnes qui m’ont interpelé à la suite de ma note du 16/06/2010 « De l’insouciance des élus ».
Il arrive que la recherche soit aisée lorsque les origines d’un nom ne sont pas trop anciennes ou trop déformées par les diverses traductions linguistiques ou dialectales.
Je n’ai pas trouvé de certitudes quant à l’origine du nom « ISSANKA » sinon une hypothèse :
Dans le Nouveau Dictionnaire Topographique et Etymologique de F.R. HAMLIN Ed. LACOUR, on peut retenir les appellations « Liscenca » (1759) et « Lissanka » (1865) trop récentes pour nous apporter assez d’éléments pour retrouver l’origine du nom, sinon des racines occitanes anciennes ; « isir » sortir, jaillir, accolé au suffixe « enca ». Peut-être un rapport avec la rivière de la VENE (ou L’AVENE !?) qui traverse le parc avec une chute à sa sortie ; jaillissement ?...
Mais il est aussi possible que ce nom trouve sa source chez les gaulois ou les gallo-romains, à rapprocher alors de l’appellation Saint-Etienne d’ ISSENSAC , village près de Brissac. La racine gallo romaine « Iccentios + acum » signifiant un nom d’homme gaulois peut le faire penser surtout par la consonance et sa musicalité.
Pourtant je me souviens de mon grand-père, fier de ses origines ariégeoises et cathares, qui m’avait fabriqué, j’avais 8 ans, des « eissencas », des échasses, en patois occitan de l’Ariège. C’était une tradition dans la famille de fabriquer des « eissancas » pour les enfants. Peut-être un lien avec « Issanka » ? que rappelle d’ailleurs F.R. HAMLIN.
De nouveaux éléments permettront-ils d’en savoir un jour d’avantage en apportant de l’eau à notre moulin…d’Issanka ? La recherche est toujours ouverte.
En attendant, ce Parc d’ISSANKA tellement chargé d’histoire reste un lieu de rêve, magique encore malgré l’ingratitude des hommes, des élus surtout, qui l’ont abandonné, plus soucieux d’artificiel que de vraie nature. Ce havre de paix propice à la méditation est même en danger de disparaitre victime de projets économiques et industriels qui semblent malheureusement prendre forme, véritables gangrènes environnementales, destructeurs de vie, d’espoir et d’avenir humain.
19:11 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : issanka, hinterland
17.06.2010
D'UNE CERTAINE MEMOIRE
Même les anges sont mortels…
Je me souviens de Roselyne: un visage enfantin qui me parlait en me souriant, qui m’embrassait et me tenait par la main. Une image confuse et pour cause : je n’avais que 2 ans, elle en avait 10. Elle habitait tout près de chez moi et venait souvent jouer avec ce petit poupon vivant que j’étais pour elle.
Nous étions le 25 JUIN 1944.
Ce matin-là, elle devait être belle dans sa petite robe blanche de première communiante. Le Bon Dieu lui avait donné rendez-vous en l’église de Balaruc. Il faisait très beau, la nature explosait des fleurs et de la vie de ce nouvel été.
La veille, Roselyne m’avait offert sa chaise haute d’enfant dont elle n’avait plus besoin. Il parait que j’en étais déjà très fier. Je refusais souvent de la quitter.
La France vaincue était entièrement occupée par les allemands mais depuis le tout récent débarquement des alliés en Normandie un vent d’espoir gonflait les poitrines. Mais que nous réservait-il ?...
Un grondement sourd qui devient de plus en plus fort fait se taire les oiseaux et inquiète les hommes. Les yeux scrutent le ciel bleu de cette belle matinée... Ce bruit grave de moteurs ; ce sont des avions, des bombardiers.
Et soudain, la fin du monde ; des déflagrations, énormes, des bombes qui sèment la mort, tombent un peu partout. De monumentales colonnes de fumée qui envahissent le ciel et cachent le soleil. Au loin le port de Sète semble touché. Plus près, les bacs à pétrole de Balaruc ont explosé et brulent.
Les habitants se réfugient dans leurs maisons. Mais la mère de Roselyne a peur qu’une bombe tombe sur la maison familiale, la belle « Villa des Sources ».
Après cette première vague de bombardement, une accalmie. La mère de Roselyne arrive à convaincre son mari et sa mère de courir se réfugier dans une « cave » (un fossé) à l’extérieur de la maison. Ils sont quatre : Roselyne, sa grand-mère, sa mère et son père à se blottir au fond de cet abri d’(in)fortune . Seul Auguste Forest, le grand-père, qui a déjà perdu son fils au cours de la Grande Guerre reste obstinément dans sa maison.
Et la seconde vague de bombardiers se présente au dessus de la fumée épaisse et acide des premiers incendies. Ils volent haut très haut…Trop haut. Sûr, ce sont des Américains.
Et les premières bombes explosent, partout, n’importe où. L’une d’elles tombe tout près de la « cave » ou se cachent Roselyne et ses parents. L’énorme masse de terre soulevée va les ensevelir, vivantes toutes les trois. Seul Etienne, le père, émerge de cette masse. Enterré jusqu’à la taille, il sent dans sa main celle de Roselyne, sa fille, qui le serre fort. Il entend alors, comme venue d’outre tombe, la voix étouffée de sa femme là, à ses pieds, si près mais terriblement inaccessible ; « Etienne, vite, vite on étouffe…Roselyne… » Et puis plus rien. Alors en hurlant comme un fou, il dégage ses bras et se met à gratter avec ses ongles une terre compactée comme du béton. Mon grand-père qui accourt l’entend crier : « des pelles, des pioches, vite ». Et Auguste qui appelle : « Etienne, ça va ? ». Etienne n’a plus d’ongles, ses mains sont en sang.
Il faudra presqu’une demi-heure à mon grand-père et autres voisins pour arracher à cette terre les corps de Roselyne dans sa robe blanche de première communiante, de sa mère, et de sa grand-mère.
Ce jour-là, Dieu les avait abandonnées. Oublié le rendez-vous qu’il avait avec Roselyne en l’église de Balaruc. Il est vrai que dans l’histoire de l’humanité, il a très souvent été absent. Alors une fois de plus !?…
Balaruc enterrera 19 de ses enfants ; les autres communes bombardées pleureront aussi les leurs.
Et l’histoire balbutie :
Le 25 Juin, les bombardiers américains étaient trop haut avec une visibilité impossible. Ils ont pourtant lâché leur charge de mort sans trop de précision ; qu’importent les dégâts sur la population, c’est la guerre n’est-ce pas ? Plus tard on parlera de « Dommages Collatéraux » comme d’une nécessaire fatalité…
Mon père me dira combien il appréciait la prise de risque des chasseurs-bombardiers anglais de la RAF qui opéraient très bas pour plus de précisions en prenant des risques pour eux-mêmes, préservant au mieux les populations. Par contre, les Américains en prenaient moins, restaient très haut provoquant des dommages plus importants sur ces dernières. L’histoire balbutiera au Koweït, en Afghanistan, en Irak et ailleurs… Les dommages collatéraux font désormais partie des discours de nos « grands stratèges » militaires.
…La chaise haute de Roselyne a servi mon enfance, celle de mes enfants et de mes petits-enfants jusqu’à aujourd’hui encore pour le
plus jeune. Quatre générations déjà. Il est comme cela des objets définitivement incrustés dans notre vie, porteurs de mémoire.
RESPECT !
Aujourd’hui, j’ai le sentiment que l’oubli s’installe insidieusement dans la mémoire collective. Pour que les familles mais aussi Balaruc puissent réellement faire le deuil de ce drame il est nécessaire de se souvenir, d’essayer de comprendre, et d’inscrire ces évènements dans le grand livre de notre Histoire.
J’en appelle aux parents de toutes ces victimes de nous réunir nous concerter et raconter. Il en va de notre devoir de mémoire envers ces anciens et leurs familles. Merci pour eux.
12:55 Publié dans HOMMES ET TERROIR | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : histoire, balaruc, souvenirs
DES RACINES ET DES IMAGES
LETTRE OUVERTE A MON AMI JEANNOT
Midi Libre du 13/04/09
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Je viens de relire un article de presse (Midi Libre du 13 Avril 2009) dans lequel tu rappelles avec nostalgie ton attachement au quartier de Balaruc qui t’a vu naître et que tu n’as jamais quitté, le Quartier des Usines.
Tu rappelles l’histoire de ta famille, immigrée espagnole, qui, au début des années trente, fuyait un franquisme assassin. Ils ont été nombreux ces communistes espagnols à rejoindre la France surtout son midi. Ils succédaient, après tant d’autres qui ont fait l’histoire de notre région, à une immigration italienne dont faisaient partie les parents de ma grand-mère Marguerite que tu as très bien connue.
Dans ces années un peu « folles » notre région était pauvre en emplois autres que ceux de la terre qui cassait des hommes-forçats à l’espérance de vie limitée. L’arrivée d’usines éminemment polluantes, si elle créait des emplois, n’allait rien changer à leur condition humaine. Certains de nos anciens de Lafarge et d’ailleurs allaient seulement mourir plus tôt, mais moins pauvres, de silicose ou autres maladies dites « professionnelles ».
Pour les autochtones, voir arriver un flot important d’immigrés signifiait un bouleversement social économique et culturel toujours vécu comme une agression. Comme partout dans le monde, cette situation engendre, dans un premier temps, un réflexe de défiance voire de rejet, que l’on peut comprendre sans pour autant l’accepter, d’une certaine partie de la population : Défiance envers mes arrières grands-parents piémontais traités de « mange-macaronis », envers les espagnols traités de « mange-cèbe », plus tard les «pieds-noirs » d’Algérie et aujourd’hui les « sales ratons d’arabes ».
J’ai été très gêné que tu dises que l’accueil des familles espagnoles par la population était « empreint de racisme envers des espagnols de merde venus manger le pain des français, la population des Bains les traitant de marocains pour les insulter »(sic). Ouf !...
Non seulement je pense que ces propos sont durs mais qu’ils sont inacceptables car profondément insultants et désobligeants pour la grande majorité de nos anciens balarucois qui n’ont jamais pensé cela. Je te connais, entier, direct mais honnête ; tu dois pouvoir t’excuser pour ces excès de langage et préserver ainsi l’estime et l’affection que nous nous devons.
J’ai noté, aussi, que tu me citais en parlant « du site internet d’un balarucois » (sic) qui disait que l’appellation Maroc, pour qualifier le quartier des Usines, venait de la présence de familles marocaines. Tu donnais un autre avis, c’est bien, en rejetant le mien, ce n’est pas bien !
Je tenais cette information de plusieurs anciens du village dont mon grand-père et je me suis contenté de la rapporter. C’est ainsi que l’on doit se souvenir, par respect pour les Anciens, de leurs histoires et de leurs légendes. A nous ensuite d’essayer d’en tirer une réalité.
Par ailleurs, je me souviens très bien d’Ali, le marocain, qui habitait avec sa grande famille du côté du Serpentin, je pense, et qui venait chaque année voir si mon grand père pouvait lui vendre un agneau ou une chèvre pour le sacrifice de la fête de l’Aïd. Il était pauvre. Et les pauvres sont toujours les premiers à donner aux pauvres. Il repartait toujours avec un animal… Cadeau… Mes grands-parents n’ont jamais su vendre ; ils donnaient. Certains en ont bien profité ; qu’importe… C’était un autre temps…
Que la famille d’Ali ait à voir dans l’appellation Maroc est aussi plausible que ta version « espagnols basanés traités de Marocains par des balarucois racistes ». Il est toujours difficile, dans les histoires des traditions de pouvoir trancher dans les origines des noms de lieux. C’est de la discussion et de la confrontation des idées et des témoignages que nait la lumière, sûrement pas dans les affirmations péremptoires de certains. Pour ma part j’aime bien m’évader dans la légende ; elle rapporte une certaine histoire… sans fin qui fait une place à l’imaginaire et au rêve.
Mais, au fait,pourquoi ne m’as-tu pas contacté à l’époque pour que nous fassions avancer le « schmilblic »de nos traditions ?
Dans ton interview, enfin, tu rappelles ton attachement à l’histoire de ton quartier et à ses usines, à conserver des noms comme « quartier des usines » qui sont attachés au passé physique et humain des lieux. C’est tout à ton honneur ; respect !...
Par contre comment expliquer que pendant les 30 longues années passées en tant qu’élu majoritaire local dont 18 comme premier adjoint tu aies laissé disparaitre des pans entiers de l’Histoire de notre village. Je parle d’abord des nombreux sites archéologiques définitivement enfouis sous des immeubles et des archives disparues dont un ancien m’a assuré avoir connu l’existence. Balaruc semble avoir fait table rase de nombreux pans de son Histoire.
Comment expliquer que certains noms de lieux chers à ma mémoire et à mon cœur aient eux aussi disparu d’un trait de plume. Ou sont passés le « Quartier des Sources » et le « Cami Naut » (Chemin Haut) dont les noms évoquent des histoires aussi fortes que celles du « Quartier des Usines ».
Défendre son pré carré mais ne pas hésiter à tondre celui des autres a pu être ta devise. J’espère qu’il n’en est rien et que tu vas te battre pour que, entr’autres, ces noms de lieux que tu as participé à éliminer soient enfin réhabilités. Je t’en remercie par avance.
12:23 Publié dans HOMMES ET TERROIR | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : souvenirs et tradition, balaruc
16.06.2010
DE L'INSOUCIANCE DES ELUS
Issanka : un parc et un cours d'eau,
la Vene, à l'abandon ISSANKA
En Octobre 2007 je me permettais déjà d’alerter qui-voulait-bien-me-lire sur l’impact d’un développement économique du triangle Sète-Balaruc-Frontignan (cf. la note 100.000 habitants).
Je m’inquiétais aussi de voir nos élus céder à certaines facilités, parfois démagogiques, en privilégiant, encore et toujours, le facteur économique parce-que créateur d’éventuelles richesses et d’emploi, ce que je peux bien sûr comprendre, sur les volets humains et environnementaux, perpétuant en cela cette terrible fatalité qui avait vu, durant la première moitié du siècle dernier, s’installer des entreprises parmi les plus dangereuses pour la santé des employés et particulièrement polluantes pour l’environnement : Saint-Gobain, Micron-couleurs, Lafarge, la raffinerie pétrolière de Frontignan et ses zones de stockage sur des espaces lagunaires hyper fragiles jusqu’aux stockages pétroliers de Balaruc qui a logiquement hérité d’un quartier baptisé « les usines ». Et sans parler des dernières verrues que sont l’entreprise Scori de la multinationale SUEZ (traitement des huiles industrielles) et « l’usine d’engrais » classée Seveso 2 à la sortie nord de Sète.
Hélas mes inquiétudes étaient largement fondées.
L’impact à venir du développement économique du port de Sète sur le foncier et sur l’environnement dépasse déjà ce fameux triangle. Les zones stratégiques arrière baptisées « Hinterland » vont cerner la sortie autoroutière A9. Un cauchemar pour les habitants des communes limitrophes.
Que le maire de Poussan, séduit par la Région, ait accordé 120 hectares en limites de son territoire pour servir d’interland du port de Sète pourquoi pas ? Mais quels terrains !!!
On ne pouvait pas faire un choix plus scandaleux. A plusieurs titres…Mais je n’en retiendrai que deux, essentiels à mes yeux :
1) Ces terrains jouxtent au plus près le parc d’Issanka et le cours d’eau de La Vène d’où des risques assurés de pollution du cours d’eau et par conséquent des nappes phréatiques et de la crique de l’Angle.
2) Le parc d’Issanka, lamentablement abandonné depuis longtemps déja, fait partie de la mémoire vivante de notre région, de notre environnement, de notre vie et surtout de celle de nos Anciens. En cela il devrait être inscrit au « Patrimoine Régional de notre Humanité » tant il transpire la sève de notre terroir, de notre passé, de notre HISTOIRE. Un périmètre de protection devrait être prévu qui condamnerait ce projet d’Hinterland à rester plus modeste et à des normes drastiques anti pollution.
Je me permettrai, ici, de rappeler brièvement ce que fut Issanka pour nos Anciens et dénoncer les graves manquements et le profond mépris des différentes municipalités sétoises et autres envers ce petit paradis.
Quand on pense que l’hymne « national » sétois fait référence à Issanka, à cette fête de la Cigale qui, dans la première moitié du siècle dernier, réunissait tous les Dimanche dès le Printemps des centaines de familles qui déroulaient des tapis sur l’herbe pour des pique-niques sans fin. Il y avait souvent des orchestres. On y venait à pied, à vélo, en voiture, mais aussi parfois sur une charrette chargée de plusieurs familles et tirée par le cheval du vigneron. Et nos Anciens dansaient sur cette piste en ciment toujours présente, et les enfants jouaient jusque tard dans l’après-midi, parfois jusqu’à la nuit. Des chants et des rires, de la joie et du plaisir…J’étais gamin, je me souviens; que du bonheur…
Aujourd’hui Issanka n’est peuplé que de fantômes, de maisons abandonnées et de ruines : Lugubre… Même la Vène, sa belle petite rivière est vidée de son sang, l’été, pompée à la source par des vampires humains avides d’eau fraîche. Ingratitude !...
Quittons la nostalgie.
Cette décision d’une municipalité de bouleverser son territoire en limite de commune doit nous interpeler : Alors qu’il existe des communautés de communes ou d’agglomérations, est-il normal qu’une municipalité prenne unilatéralement une décision qui pourrait contraindre, gêner ses voisins ?
Ne devrait-il pas être du ressort des communautés de régler ces situations ? Le Syndicat Mixte du Bassin de Thau (SMBT) au travers du SCOT ne devrait-il pas s’imposer comme prévu par la règlementation ? A moins que ce dernier n’ait été créé que pour « faire joli et illusion ».
Il est manifeste qu’une municipalité ne devrait plus avoir le droit de prendre unilatéralement des décisions en termes d’équipements qui pourraient interpeller ses voisins.
Or, la prise de conscience que toute entreprise sur le foncier a nécessairement des impacts sur l’environnement doit s’imposer à tous responsables politique et économique. Ce doit être l’affaire de tous et non de certains élus trop souvent responsables mais jamais coupables.
Les deux présidents des communautés nord et sud du Bassin de Thau ont tenté de me rassurer en me disant que ce projet d’Hinterland était loin d’être d’actualité et qu’ils veilleraient, en temps voulu, à ce qu’il ne dérape pas côté environnement.
Malgré l’estime et le respect que je dois à ces deux responsables je ne peux me satisfaire de leurs seules paroles dès lors qu’elles engagent un avenir à moyen ou long terme ; sous certaines pressions ils pourraient changer d’avis ou, tout simplement, d’autres élus pourraient être alors à leur place et voir les choses autrement. Il en va toujours ainsi de la politique.
C’est aujourd’hui qu’ils doivent sérieusement le cadrer ou se prononcer contre ce projet et l’étouffer dans l’œuf.
A le laisser couver sans règles il pourrait accoucher d’un petit monstre.
Bien entendu, la discussion et une étude sérieuse d’un projet de ce type reste possible à la condition qu’il implique, au delà des élus, les populations elles-mêmes dans le cadre d’une politique de démocratie participative.
Cet appel sera-t-il entendu ?
14:36 Publié dans AMENAGEMENT DU TERRITOIRE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : issanka, pollution, mémoire
AU TEMPS DES VENDANGES
D'UNE CERTAINE MEMOIRE
Sur la photo ci-jointe, on voit très bien les deux òmes et leur pal-sémaillers, le quichaïre devant la semal, le banastou et les coupeurs..
Nous reconnaissons M. SALZE et sa fille Monique, M. et Mme MUZET et leur petite fille, Mlle POLI de Balaruc le Vieux, Régine BOISSESON, Mme Philippine BONNECAZE et Robert BERTRAND de Balaruc les Bains. Merci de me rappeler les noms oubliés.
...C'était au temps où la vigne occupait l'essentiel du territoire il y a un demi siècle déjà... Pour moi, c'était tout juste hier, je le vis aujourd'hui, c'est parlant pour l'avenir. Balaruc les Bains venait de "perdre" sa cave coopérative viticole et les récoltes des deux Balaruc se mélangeaient dans les cuves de la cave de Balaruc le Vieux "Les Côteaux du Belvezé". Sur Balaruc les Bains et une partie de Balaruc le Vieux, l'essentiel des vignobles appartenaient à Léonie Cauvy héritière d'une vieille famille du pays. A l'âge de huit ou neuf ans, j'attendais avec impatience ce temps béni des vendanges qui se pratiquaient avec de longues charettes étroites tirées par un lourd cheval de trait : j'entends encore le bruit de ses sabots sur le goudron de la route... Les vendanges c'était la fête, rien que du bonheur !
Je revois ces petites "còlas" (équipes) de gens du pays dans une nature sans béton. Des parfums définitivement gravés dans ma mémoire se mêlent aux rires des vendangeurs.
Le "ramonet" (métayer) s'occupait des vignes et dirigeait la récolte. Les "coupeurs" au nombre de six à huit remplissaient leur "banaste" (panier, seau) et le "banastou" se chargeait de les vider dans la "semal" (comporte). Le "quichaïre" pressait alors le raisin avec une masse. La semal pleine, deux "òmes" (hommes) la transportaient sur la charette à l'aide de deux "pal-sémaillers" (longs bâtons) qui étaient passés sous les poignées.
La photo ci-dessus est prise à Balaruc le Vieux exactement à l'emplacement de l'actuelle clinique vétérinaire ; en arrière plan on y verrait, aujourd'hui le grand centre commercial.
...En 1956 des vignes occupaient cet espace à l'infini, arrêtées simplement par les contreforts de la Gardiole ; Le silence de la nature n'était troublé que par le chant des oiseaux... quelques véhicules automobiles commençaient à peine à troubler cette paix...
De nos jours ce que je vois à travers cette photo ce sont deux Balaruc liés depuis toujours : les vignes se situaient sur les deux communes. Leurs récoltes se mêlaient dans les mêmes cuves. Les "còlas" se composaient d'habitants des deux communes.
Lorsque j'entends un élu me dire que la fusion administrative et politique des deux Balaruc serait "mal perçue par les anciens du village pour des querelles de clocher d'un autre temps" je pense que quelques édiles locales ne sont plus en phase avec la réalité du pays, de sa mémoire et des citoyens. J'ai le sentiment qu'elles manifestent un manque de respect, voire du mépris, pour les racines vivantes d'un terroir. Ces responsables se font ainsi les artisans d'un arrivisme et d'un opportunisme peu respectueux du pays et des hommes. Faire table rase de la mémoire peut-il servir certains intérêts politiciens ? J'espère que non !
> Vous avez vécu ces vendanges là ? vous avez connu ou connaissez l'une des personnes présentées sur la photo ci-dessus ? vous vous reconnaîssez ? merci de bien vouloir me contacter ou de laisser ici un commentaire qui me raconterait avec plus de détails et de précisions ce moment riche de la vie d'alors.
13:44 Publié dans HOMMES ET TERROIR | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : balaruc, traditions
16.01.2008
LAVANDIERES D'UN AUTRE SIECLE

Les laveuses des années 1950/60. A l'arrière les hommes. Au fond, un bouras sèche sous le soleil et la tramontane.
HOMMAGE A DES FEMMES COURAGEUSES
DES LAVANDIERES D’UN AUTRE SIECLE
Il y a déjà un bon demi siècle, ma grand-mère, connue de tout Balaruc sous le sobriquet de « la Tantine », prenait chaque jour sa bicyclette pour se rendre à son travail : « laveuse » à l’établissement thermal.
Les THERMES n’avaient pas beaucoup changé depuis les frères Montgolfier : un vieil établissement vétuste et inconfortable. Aujourd’hui restauré en « Pavillon Sévigné », il abrite l’Office du Tourisme.
Cachée du public, transpirant l’humidité et le salpêtre, une buanderie d’un autre âge, encombrée de lavoirs qui paraissaient énormes à l’enfant que j’étais, n’en finissaient plus d’avaler leurs lots de « bouras ».
Ces bouras ?... de grandes toiles de jute lourdement chargées de la boue qui enveloppait le corps des curistes.
Et c’est là, que les laveuses, ces travailleuses de l’ombre, véritables forçats de la condition thermale, intervenaient.
Je les vois encore, soulever ces bouras lourds de boue, les plonger dans les grands bassins emplis d’eau pour les brasser, les retourner, les tordre et recommencer encore et encore. Enfin les sortir, « lourds comme un cheval mort », les laisser s’égoutter partiellement avant de les charger sur des chariots à bras équipés de grandes roues. Il fallait alors pousser cette cargaison à l’arrière de l’établissement pour l'étendre sur des fils de fer tendus au dessus de leurs têtes. Quelques hommes, tout aussi discrets qu’efficaces, aidaient les lavandières dans les tâches qui leur demandaient des efforts physiques insupportables.
Margot, la « Tantine », était « la chef des laveuses ». Née avec le siècle dernier, elle était de cette race de femmes qui ne se plaignaient jamais : une seule religion : le travail, le travail encore, le respect du travail bien fait. Les salaires ? Assez maigres, bien sûr, mais elles faisaient avec. Apporter leur petite contribution aux revenus du ménage leur suffisait pour se sentir libres, dignes et respectables.
Bien sûr, c’étaient des femmes d’un autre siècle, d’une autre génération.
Leurs noms résonnent de l’histoire de ce village : Serre, Buil, Huc, Sabatier, Gauget, Garcia, Faro, Gil, Vallée, Bascoul, Rodriguez, Arnaud, Douarche, Cathala, et j’en oublie... Des patronymes qui font chaud au cœur de mon enfance.
Merci à vous, femmes de cœur, de courage, de volonté, aux caractères bien trempés. Vous resterez la mémoire toujours vivante de ce village qui vous doit tant.
18:05 Publié dans HOMMES ET TERROIR | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







